Château D'Esclimont



Esclimont

I - ELEMENTS CARACTERISTIQUES
II - REPERTOIRE ORNEMENTAL

LES ORNEMENTS STYLISTIQUES
LES TRAITEMENTS CONSTATES
LES ORNEMENTS ARCHITECTURAUX
LES FORMES GEOMETRIQUES
LES ARMOIRIES
LES SYMBOLES STYLISES
LA SCULPTURE
COMMENTAIRE DESCRIPTIF DE L’EXTERIEUR


                Rapport d'appréciation - Evaluation du répertoire ornemental



Esclimont

Ordonnance et symétrie, malgré les époques diverses, caractérisent le château aussi bien dans ses éléments d’origine que dans les rénovations et restaurations diverses. L’ordonnance et la symétrie accueillent la fantaisie régulée du répertoire ornemental, laquelle donne vie à l’ensemble et lui confère une spécificité propre.

Le château d’Esclimont se distingue ainsi par l’alliance des styles et l’harmonie de l’ensemble ponctué d’éléments caractéristiques qui le rendent unique aussi bien par son histoire que par le répertoire stylistique

Le château, Trianon, la Tour des gardes ainsi que le bâtiment abritant la salle des trophées s’unissent pour honorer les illustres propriétaires qui se sont succédé au fil des temps. Leur empreinte s’inscrit dans le répertoire ornemental qui les célèbre à l’unisson d’un corps de bâtiment à l’autre. Les trois corps de bâtiments constitués de Trianon, la Tour des gardes, ainsi que le bâtiment abritant la salle des trophées arborent des façades qui ne doivent rien aux autres. En effet, la Tour des gardes délaisse la pierre rouge que l’on retrouve de manière récurrente dans le reste du domaine. Avec en outre une façade en escalier qui lui est propre.

Qu’elle soit traitée avec sobriété ou bien avec profusion, l’empreinte subsiste et n’est pas sans rappeler les châteaux des grands du royaume et les Médicis qui martelaient les murs de la ville et de leurs demeures de leurs armoiries à la renaissance. Ils ont servi d’exemple à la cour de François 1er dont se réclame François de La Rochefoucauld, ancien maitre des lieux, en tant que parrain du Roi. La démarche est noble et similaire et hisse de fait, le château et ses corps de bâtiments parmi les fleurons de l’architecture Française.

                Enfin, les photos de jardin laissent imaginer la douceur de vivre d’un temps révolu.


I - LES ELEMENTS CARACTERISTIQUES


Le corps central de la façade de l’entrée principale qui cumule : balcon ouvragé, écussons, vases monumentaux, balustrade travaillée (non accessible) elle sert d’ornementation.


•   Le toit bombé de la tour de la chapelle

•   L’horloge de la Tour des gardes qui introduit un bestiaire médiéval, repris par les fenêtres hautes

•   La rythmique des fenêtres hautes à la Française avec les plus petites coiffées de niches triangulaires

•   Le mouvement en « accordéon » des pierres rouges sur la tour du Trianon

•   Le jeu de damiers et de losanges de la pierre rouge

•   Le contraste et l’alternance pierre rouge /pierre beige

•   L’alcôve monumentale de la statue équestre de François

•   Le jeu des balcons qui scandent le Nom illustre des anciens propriétaires : Le balcon au ventre composé des lettres « Marie » est un exemple spectaculaire

•   Les motifs végétaux omniprésents jusque dans les parties hautes du château : façade principale et façade coté jardin.

•   Les éléments héraldiques de personnalisation « F » - « S » - « M » • L’emplacement particulier des fleurs de lys

•   Les personnages nus (mythiques ?)représentés à mi-corps.

II - REPERTOIRE ORNEMENTAL


LES ORNEMENTS STYLISTIQUES

Mascaron
Fleur de lys
Médaillon
Rinceau
Rosace
Coquille
Effigie
Feuille d’acanthe
Guirlande
Frise

LES TRAITEMENTS CONSTATES

Ciselure
En creux
Saillie
Relief
Ronde bosse

LES ORNEMENTS ARCHITECTURAUX

Pilastre
Colonne
Cannelure
Alcôve
Chapiteau
Balustrade
Arc
Balcon

LES FORMES GEOMETRIQUES

Losange
Cercle
Triangle
Carré

LES ARMOIRIES

Ecusson
Couronne
Initiales
Les inscriptions « Mon bon plaisir »

LES SYMBOLES STYLISES : animalerie fantasmagorique

Sirène au miroir
Salamandre sans couronne crachant du feu

LA SCULPTURE

La vierge et l’enfant
La statue équestre de François La Rochefoucauld
Effigie de François (tête)
Les vases monumentaux dont la panse est couverte
soit de guirlande soit d’une frise de bacchanale.

COMMENTAIRE DESCRIPTIF DE L’EXTERIEUR

1. L’entrée Principale
2. La chapelle
3. Le petit pont de pierre
4. la façade du coté jardin
5. la façade de François
6. la tour du flanc droit
7. le trianon

le trianon comprend:

La Tour Marie,
La façade et ses murs,
Le balcon de pierre sur le flanc droit,
L'escalier de Marie,
La tour « accordéon »

1. L’entrée Principale

Le corps central affiche le balcon de pierre dont les vides et les pleins se conjuguent avec le prénom « Marie » ornée d’entrelacs clairement lisible. Couronnes et Écussons dominent cette partie que viennent rejoindre les initiales « M » et « S ».

La balustrade de pierre dans la partie supérieure du corps central est au centre de deux pilastres ou s’inscrivent les dates de 1543 et 1805 ; le chapiteau des pilastres contient un motif central non identifié et des rinceaux travaillés en relief. De part et d’autre des vases monumentaux à frise coiffent le tout. On relève les formes de losange disposé en symétrie et contenant des motifs floraux.

Les rosaces/mascarons rythment le flanc gauche. Le gout pour des pilastres s’affiche clairement et permet de jouer avec leur chapiteau dorique (retravaillé par rapport au modèle antique) ; ils sont eux mêmes flanqués de vases de pierre.

Les restaurations effectuées sur les murs respectent les tons de la pierre d’origine. La ferronnerie n’est pas d’origine mais s’avère suffisamment discrète pour ne pas perturber la lecture. On note des manques surplombant les petites fenêtres du flanc gauche.

Les coquilles qui sont un élément clé du répertoire, sont présentes dans des niches arrondies au dessus des fenêtres « meurtrières ». De même, les frises crénelées qui courent le long de la façade se retrouveront ailleurs.

La façade affiche des éléments en relief, vraisemblablement ciselés, utilisés systématiquement en symétrie. Rares sont les éléments stylistiques qui demeurent isolés.

Les balcons de pierre lorsqu’ils sont présents (sur une tour par exemple), sont volontairement saillants et leur ventre est orné de motifs végétaux. Certaines effigies non identifiées, sont logées dans ce que nous qualifions par des niches triangulaires qui coiffent les fenêtres.

La présence de tours et tourelles agrémente et rythme la façade.

2. La chapelle

Ne subsiste que l’entrée de pierre composé dans sa partie supérieure, d’un arc à feuille d’acanthe au centre, surmonté d’un chapiteau triangulaire, lequel abrite une croix stylisée. On sait que le plafond (recouvert à présent) représentait un ciel bleu composé d’étoiles. Le contraste heureux des toitures d’ardoise grise, soit bombées soit en pente, est accentué par les formes coniques des tourelles, mettant ainsi en exergue, les murs droits à la pierre claire, ponctués de nombreuses fenêtres a la Française auquel vient s’ajouter le jeu des damiers de pierre rouge qui se présente dès l’entrée principale. Sur le flanc de la tour de la chapelle, on relève encadrant les fenêtres, des coquilles et rosaces aux guirlandes à motifs de fleur de lys. (Les fleurs de lys s’affichent régulièrement sur les bâtiments royaux et à plat ou en ronde bosse); il est intéressant de constater qu’elles ne reposent pas sur un mur mais qu’elles sont la partie centrale d’une guirlande aux accents chantournés, elle même disposée en oblique.

3. Le petit pont de pierre

Celui-ci manifeste sa générosité et sa plénitude dès la prise de main, sur la rampe arrondie.

4. La façade coté jardin

Elle se distingue par deux imposantes tours flanquées de part et d’autre du grand balcon de pierre (aux trois fenêtres hautes), comportant l’inscription « C’est mon plaisir » gravée 1860, est agrémentée dans ses lettres, de feuillage ondulants qui semblent être des feuille d’acanthe, elle-même ornement architectural depuis l’architecture grecque classique dans les chapiteaux corinthiens.

Le répertoire est plus vaste et introduit arcs, pilastres, losanges, coquilles et frises à motif végétal traitées en relief. Les motifs et ornements sont à la fois traités en saillie et ciselés. La combinaison des deux traitements permet de jouer avec les ombres et lumières. Ainsi, le corps central de la façade jardin offre une richesse ornementale qui se retrouve également dans les tourelles disposées en symétrie rythmées par la présence incontournable des pilastres.

Le balcon central aux trois fenêtres annonce une frise crénelée aux feuilles stylisées et précède le chapiteau qui abritent deux éphèbes dénudés de stature imposante, accoudés sur l’écusson, lui-même orné de sa couronne. Les balcons sont en pierre comprenant un répertoire riche qui tranche avec la sobriété des fenêtres sans balcon protégés néanmoins par une délicate ceinture de ferronnerie au motif répétitif (non d’origine).

Chaque façade possède des éléments récurrents du répertoire mais introduit également sa propre scénographie dans le corps central.

Si nous nous attardons sur les supposés éphèbes, nous constatons qu’ils affichent une musculature que des éphèbes n’arborent guère dans la tradition antique, mais que nous retrouvons dans l’architecture Italienne de la Renaissance. Toutefois ils sont clairement traités en ronde bosse.

La présence des initiales logées dans des arcs arrondis dénotent l’orgueil d’appartenir à une grande lignée. Les initiales « S » se mêlent à des rinceaux et sont coiffés d’une couronne. L’arc arrondi qui les abrite accueille de part et d’autre, une large guirlande aux extrémités recourbées, avec une fleur de Lys en son centre. Le répertoire salue la lignée des La Rochefoucauld dont les écussons sont également présents (six écussons) au dessus d’autres fenêtres, ou ils sont surmontés d’une couronne traitée en saillie qui se détache de la pierre.

La géométrie des formes ainsi que le répertoire ornemental permet l’alliance heureuse de formes arrondies, triangulaires, de carrés, de cercles à la fantaisie et l’exubérance des guirlandes et rinceaux. On relève la présence de personnages féminins dénudés représentés à mi- corps qui se mêlent aux rinceaux et coquilles.

La grande balustrade au sol (le pavage est d’origine) dont les balustres ne sont pas d’origine, reprend cette prédilection des arrondis, des vides et des pleins entre la pierre. A l’extrémité de la balustrade siègent des vases Médicis dont la panse composée d’une frise de personnages dansant rappelle les bacchanales antiques (les personnages féminins ont des voiles flottants).

5. la façade de François

On constate que cette façade est d’origine, malgré quelques manques.

Note:les éléments d’architecture qui sont tombés sont conservés afin d’être réutilisés lors de restaurations.

L’alcôve monumentale abrite la statue équestre vue de trois quatre afin de suggérer le mouvement du cheval et du cavalier. Le mouvement du jeu de jambes du cheval donne l’illusion qu’il va s’élancer hors de l’alcôve avec fougue, en délaissant le mur tapissé de « F » stylisés.

L’attitude du cavalier se veut noble. Le regard voit loin. L’ensemble est traité en ronde bosse avec un soin particulier porté aux détails : barbe, chapeau, épée, pourpoint. L’étendard flotte majestueusement et est traité à la fois en saillie et dans la pierre. La main gauche avec sureté tient les rênes. A sa taille, le cavalier arbore une épée et son fourreau mais également une clé monumentale dont les dents représentent une fleur de lys. Le visiteur des lieux se trouve en présence d’un grand du royaume dont on affirme la puissance et la hauteur. Le message est clair, nous entrons dans une demeure seigneuriale.

L’alcôve est flanquée de part et d’autre de colonnes sur pilastres, qui se dédoublent. Les feuilles d’acanthe qui ornent la base des pilastres sont grasses. Une frise cannelée monumentale de part ses dimensions : rinceaux et coquilles ciselées se côtoient à nouveau dans la pierre mère.

Le répertoire stylistique de la façade introduit le registre animalier représenté de façon fantasmagorique avec une sirène face à une salamandre (créature issue des bestiaires médiévaux).

- La salamandre contorsionnée, dont les dents sont visibles, crache des flammes ; une croyance populaire prétend que la salamandre est capable de vivre dans le feu et d'en activer l'ardeur. L'image de la salamandre a été popularisée par François 1er qui l’adopte comme corps de devise et qui tenait ce symbole de son père Charles d'Angoulême. Sur les édifices royaux elle est représentée avec une couronne ce qui n’est pas le cas ici. Toutefois en tant que parrain, François de la Rochefoucauld tient à marquer son lien avec le futur roi François 1er.

- La sirène à la longue chevelure bouclée est nue à mi corps, figure héraldique imaginaire, elle tient un miroir à manche dans la main gauche ; le miroir imposant est de ¾ en saillie. La main droite d’un mouvement gracieux, semble retenir ou bien coiffer la chevelure ; La créature mythique contemple sa propre image ; son corps au buste féminin jusqu’à la taille est recouvert d’écailles de poisson à extrémités en forme de trident stylisé. On voit peu de sirènes dans les armoiries ; elles s’avèrent plus fréquentes dans les ornements extérieurs

Deux initiales « F » surmontés d’une couronne sont logés dans un médaillon. La tête qui semble être un portrait de François, fait résonnance au cavalier et aux initiales, et affiche une certaine expressivité, la tête penchée. Les têtes aux médaillons reprennent la tradition italienne.

6. Tour du flanc droit

On repère l’initiale « S » monumentale et ses rinceaux, coiffée d’une large coquille. Le ventre du balcon de pierre est orné de rinceaux gras.

7. Le Trianon

Il convient de s’attarder sur :

La Tour Marie,
La façade et ses murs,
Le balcon de pierre sur le flanc droit,
L'escalier de Marie,
La tour « accordéon »

La Tour Marie

Bien que restaurée, elle présente une particularité d’origine : une niche en hauteur reprend la forme architecturale utilisée dans le corps central du château (pilastre, petit chapiteau en triangle) Le répertoire utilise coquilles et rinceaux de feuillages.

La vierge Marie tient des deux mains l’enfant pour le présenter au monde. (Les vierges à l’enfant sont dans la statuaire traditionnellement représentés, tenant l’enfant d’un bras). La vierge est hiératique et l’enfant semble être ceint d’une couronne de fleurs. Le drapé du vêtement de Marie est fluide ainsi que la chemise de l’enfant. L’ensemble est d’origine quoiqu’ayant souffert à sa base.

La Façade et ses murs

Elle est refaite avec le souci manifeste de ne pas trancher avec la façade d’origine de la Tour des gardes par exemple. Elle respecte ainsi l’alternance des pierres rouges et de la pierre claire. L’ensemble est sobre, dénué de répertoire stylistique particulier. En dépit de la sobriété ornementale, on relève une unité de style avec le château et les autres corps de bâtiments.

Le Balcon de pierre sur le flanc droit

Celui-ci a été restauré en son ventre et permet de relever la forme dessiné par les rinceaux ; les rinceaux reconstitués arborent des feuilles recourbées et dessinent ainsi un masque végétal- bien que refait, le ventre du balcon est un bon exemple de la liberté créatrice du rendu alliée au modèle d’origine.

L’Escalier de Marie

Peu retouché, il introduit des rinceaux de feuillage qui suivent le mouvement descendant des marches provoquant ainsi l’illusion d’un mouvement alangui vers le bas usures et manques par endroits sont visibles.

La Tour accordéon

L’effet d’accordéon est produit par la pierre rouge qui disposée en saillie suivant une rotation circulaire provoque un effet d’accordéon. Il contraste avec le damier noir et rouge de la pierre qui est enclin parfois à reproduire des losanges, ou bien se contente de courir à l’horizontal – Le long de la tour les coquilles qui surmontent les fenêtres sont imposantes.

La Tour des gardes

Le corps de bâtiment est d’origine et sa pièce maitresse est l’ensemble architectural qui abrite l’horloge.

L’horloge est surmontée d’un écusson et de sa couronne à cinq pointes et une inscription traités tous deux en relief. Les animaux fantastiques postés de chaque coté surveillent l’horizon. Ils sont dos à dos et accroupis, attentifs à l’agitation du monde. Ils ne sont pas sans rappeler le bestiaire des cathédrales. Le bestiaire et l’horloge tranchent avec la sobriété du corps de bâtiment.

La salle des trophées

La toiture laisse distinctement percevoir le glissement des tuiles d’origine à motifs, aux tuiles récentes. On note le corps central flanqué d’un écusson monumental dont la couronne a manifestement disparue. L’alternance de la pierre rouge avec la pierre beige réapparait.

Le château d’Esclimont est une demeure seigneuriale au riche passé historique doté d’une architecture préservée bien que restaurée, mais dont l’intégrité demeure. Les châteaux Français sont vides et arborent également des restaurations qui leur ont permises de traverser les siècles.

La décoration intérieure du château d’Esclimont reprend les tissus qu’affectionnait le 18ième comme la toile de Jouy, les chinoiseries, motifs de fleurs à rubans…. dans les tons d’usage à l’époque.

Le mobilier de style ne trahit pas les usages en vigueur.

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