Château De Gilly



Gilly

I- ELEMENTS CARACTERISTIQUES

EXTERIEUR / INTERIEUR

II- REPERTOIRE ORNEMENTAL

III-COMMENTAIRE DESCRIPTIF DES PARTIES
CLASSEES MONUMENTS HISTORIQUES

Simplicité et complexité d’exécution sont réunies.

Simplicité et noblesse des matières qui s’expriment avec un répertoire qui joue avec la pierre large, le chêne massif, la terre cuite, le fer forgé et la tuile bourguignonne.

Sous une apparente simplicité architecturale, le château de Gilly cache des trésors ornementaux.

L’apparente simplicité du décor ornemental extérieur, révèle une réelle complexité d’exécution et parfois de lecture. Les factures sont diverses, avec un trait resserré et précis, ou bien rapide et esquissé ; une palette fixe aux couleurs discernables ou bien une palette ou les tons se fondent.

Les trésors présumés sont déclamés avec verve et insistance à l’intérieur du château.

Tout est contraste , qu’il soit concerté ou pas : des arcs d’ogive dénudés de l’ancien cellier, aux poutres, solives et murs agrémentés affichant un répertoire évolutif étonnant, associant les allusions royales à des paysages fantaisistes et ornements stylisés, ainsi que des personnages féminins non identifiables sans compter les diverses initiales entrelacées ou pas.

Le principal lien récurrent du répertoire étant le cerf à vue frontale, décliné en carreaux peints au sol, et peint sur les murs et poutres, mais absent à l’extérieur.

L’uni s’oppose au polychrome qui s’oppose lui-même à la pierre brute et massive dont les doigts lisent encore l’outil qui l’a travaillé comme la boucharde. Il n’est pas anodin de pénétrer par une petite porte peinte dans l’ancienne cuisine coiffée d’une voute d’arcs d’ogive et de clés de voute qui ne ressemble en rien à celle de l’ancien cellier. L’embrasure de porte s’opposant à la hauteur élégante des arcs d’ogive. La polychromie du décor de la porte s’opposant à la pâleur des piliers et arcs d’ogive. On constate ainsi que les entrées intérieures sont à hauteur basse et corniche saillante contrastant avec les piliers au diamètre imposant.

Nous distinguons ainsi les plafonds à poutres qui se plaisent à dessiner dans l’espace une géométrie des poutres parfois si complexe qu’il faut procéder à un départage des verticales, des diagonales et des horizontales – pour ensuite recomposer l’enchevêtrement initial. Nous distinguons également les plafonds à poutres et solives peintes qui peuvent s’enorgueillir de constituer le point d’orgue d’une pièce ou qui côtoient des peintures murales, dans un décor ornemental rejetant délibérément le vide des murs et plafonds.

NOTES:

Ce refus du vide fait écho aux petites pièces peintes de la renaissance italienne couverte de fresques. Ces petites pièces étaient intimes et leurs propriétaires y conservaient des objets précieux à l’abri des regards indiscrets.

Le terme de fresque est délicat à utiliser, car il suppose qu’un apprêt ait été posé, or nous constatons dans l’ensemble du château que la polychromie des décors se passe volontiers d’apprêt, aussi nous utilisons le terme générique de peinture murale.

Les écussons intérieurs lorsqu’ils reprennent le même motif se permettent des libertés quant à leurs dimensions parfois monumentales, parfois petites. Les écussons extérieurs sont d’emblée monumentaux mais disposés à des endroits inattendus de la cour intérieure ce qui laisse perplexe sur l’entrée d’origine du château. De même certaines pièces du château demeurent énigmatiques quant à leur usage d’origine comme l’ancien cabinet ou bien la chambre à l’écusson monumental partiellement dégagé.

La façade du château fidèle à une simplicité répétitive, se déploie d’un seul tenant, ayant été judicieusement relié par un corps central en avancé lors des restaurations menées en 1988, ou se situe l’entrée actuelle.
La solidité marquée par les murs des douves d’origine, et les quatorze marches de l’escalier qui permet d’y accéder- chaque marche est faite d’un seul bloc - masquent sans les altérer, la grâce et la fragilité de l’ornementation intérieure, insoupçonnée de l’extérieur. L’absence de couleurs sur la façade ne laisse guère envisager la polychromie de l’intérieur, à moins qu’elle soit tout simplement disparue.

Le moyen âge et la renaissance affectionnaient la polychromie à l’extérieur des bâtiments, ce qui n’exclue pas l’hypothèse.

La simplicité répétitive se retrouve dans la rampe en fer forgé d’origine qui mène à la tour droite, non dans la forme de celle-ci mais dans son décor qui se répète de motifs de raisins en grappe et de feuilles recourbées.

Le regard lit aisément la tour gauche, glisse sur le corps central puis termine par la tour droite animée par une balustrade en fer forgé travaillé, avant de pénétrer dans la cour intérieure gardée par une grille haute dénuée de fioritures, flanquée de quatre vases de pierre travaillés, sans ostentation.

Les toitures d’origine se recourbent légèrement similaires à celles du château du clos Vougeot, et sont percées par des fenêtres qui ne sont pas d’origine mais qui s’inspirent des petites fenêtres des tours gauche et droite, renforçant ainsi l’impression d’unité qui se dégage de l’ensemble. La fenêtre d’origine de la tour gauche affiche des lignes droites opposées à la fenêtre chantournée de la tour droite. Les nombreuses fenêtres hautes et étroites à carreaux qui tapissent les murs de la façade sont caractéristiques, car elles permettent d’utiliser peu d’espace sans rogner sur la clarté. Bien qu’elles ne soient pas d’origine, elles sont inspirées des maisons du village.

Les maisons cohabitent ainsi, indifférentes aux siècles, dans une étroite symbiose avec le château, le pavillon aux jours, et les jardins, tant sur le plan architectural et ornemental, que sur le plan spatial.

La légende raconte qu’il existait un tunnel souterrain reliant le château du Clos Vougeot, le château de Gilly et l’abbaye de Citeaux ; les trois monuments étant dans le même axe. Aussi, nous avons pris le parti de mentionner certaines similitudes constatées entre les trois monuments : usage des matériaux, traitements constatés et ornements.

Le contraste s’atténue lorsque l’on s’aventure dans les jardins ou l’eau occupe une place prépondérante : bassin circulaire central, bassin à truites rectangulaire, bassin aux roseaux, cascade rocheuse, et la rivière qui se partage en deux bras avec ses deux écluses menant à l’ancien lavoir. L’eau relie la partie jardin redessinée s’inspirant des jardins des abbayes médiévales- allée centrale et allées circulaires - avec les formes plus déliées et libres du jardin. Le silence de l’eau des bassins s’oppose néanmoins au bruit des cascades.

En matière de conservation et de restauration, l’ornementation intérieure est parfois simplement consolidée, ou bien restaurée, voir reconstituée de manière partielle, permettant de distinguer diverses patines, en l’état ; ces dernières témoignant d’une approche plus muséale qu’une reconstitution à l’identique.

Les trois modes d’intervention devant être entendus comme des interventions de sauvegarde d’un patrimoine riche.

L’ornementation extérieure bien que plus rare, est soit laissée en l’état, soit rapporté afin de marquer des ponctuations de lecture, ca et là- sans légitimité réelle bien qu’elle soit d’origine- soit reconstituée.


I - LES ELEMENTS CARACTERISTIQUES - EXTERIEUR

Les deux grilles d’entrée

L’une sur rue ; l’autre donne sur la cour intérieure. Elles n’arborent pas un décor semblable. Quatre vases monumentaux de pierre sur les piliers de la grille la cour intérieure, ont un décor de rinceaux et feuilles recourbées sur la panse, et sont coiffés à leur sommet de grosses feuilles rassemblées et resserrées. Les quatre vases arborent à leur sommet un ornement identique ; toutefois, le mouvement affecté par les feuilles resserrées du sommet varie d’un vase à l’autre. Ce mouvement de feuilles qui semble obéir à la direction du vent est difficilement perceptible à hauteur d’homme et n’a été constaté qu’à hauteur quasi égale.

Les douves d’origine

Elles ont conservé outre les murs d’origine, leurs proportions et leur mode d’accès et de circulation.

Les toitures à motif

Des fenêtres du château il est possible d’admirer une des toitures du village caractéristique avec son tracé de tuiles (bourguignonnes) à losanges dans lesquels viennent s’insérer de manière récurrente, quatre tuiles jaune vernies. Le vernis fait ressortir comme des paillettes d’or, les tuiles jaunes.

La fenêtre d’origine du pavillon des jours

La fenêtre de l’ancienne prison, est surmontée d’un triangle de pierre. Les autres fenêtres ont étés remplacées par des fenêtres hautes à petits carreaux similaires à celles du château.

La rampe de fer forgé de la tour droite

La partie d’origine plus mouvementée que la partie refaite, est constituée de plusieurs morceaux qui s’emboitent, et son escalier d’origine qui s’ouvre sur les cotés. Les manques ont étés laissés en l’état mais n’altèrent pas le galbe de la rampe.

L’écusson rapporté et situé au dessus de l’entrée actuelle

On s’interroge sur sa lisibilité, voir sa pertinence compte tenu de l’état de conservation. Les morceaux réunis sont d’origine mais de nombreux manques, fractures et arrachements affectent sa lisibilité. Il est difficile d’imaginer sa taille réelle d’origine ; seul repère étant le bombé du centre, qui suppose que l’ensemble était traité en relief. L’inscription très incomplète « No » et EV » parait avoir été volontairement grattée afin de l’effacer.

Les deux écussons de pierre de la cour intérieure

1- L’écusson du fronton en dessus de porte (ciselure, relief et ronde bosse)
2- L’écusson sur mur latéral

1-un fronton ouvert en son centre s’affiche avec un cadre mouluré qui loge un écusson monumental, le tout en pierre. Sous le cadre mouluré une tête de chérubin ailée se trouve au centre. Le caractère protubérant de l’écusson marque l’importance d’origine des armoiries qui s’y trouvaient et qui ont fait place nette. On note de part et d’autre des fruits, des fleurs et feuillage regroupés et traités en ronde bosse.

La partie supérieure de l’écusson accuse une fracture franche ; le manque est estimé à 23 cm de haut pour être en proportion avec la partie inférieure de l’écusson qui demeure.

Ainsi on peut estimer la hauteur totale de l’écusson à 115cm pour une largeur de 67cm ce qui est conséquent et devait forcément attirer le regard dès la grille de la cour intérieure.

Ce constat pose l’hypothèse que l’entrée pouvait effectivement se trouver là et non sur la façade actuelle du corps central lequel n’existait pas à l’origine. Les éléments suivants viennent la conforter : La porte s’ouvre sur un escalier d’origine aux grandes pierres – certaines font 1m17 sur 99 cm - surmonté d’une voute estimée à 6 mètres de hauteur. (Le sol à l’intérieur de la Cuverie du clos Vougeot datée du 15ième siècle présente de grandes similitudes avec les pierres de notre escalier, issue d’une pierre bourguignonne d’origine caractérisée par sa largeur).

NOTE

l’écusson dans la salle Pierre de Nivelle a une hauteur de 113 cm. Quant à l’écusson du mur latéral de la cour intérieure sa hauteur actuelle est de115cm. Ainsi les écussons monumentaux ont des hauteurs avoisinantes que ce soit à l’intérieur ou à l’extérieur ce qui est intéressant.

2-L’écusson sur le mur latéral a des bords chantournés mais une largeur de seulement 95cm. (celui de la salle Pierre de Nivelle a une largeur de 124cm ; il faut tenir compte du fait qu’il présente deux armoiries ce qui explique le besoin d’une largeur plus conséquente bien qu’il soit à l’intérieur du château).

En effet, l’écusson sur le mur latéral devait soit présenter deux armoiries dans les deux formes circulaires qui demeurent, quoique vides les motifs qui les ornaient ayant été grattés ; soit il n’en présentait qu’une.


LES ELEMENTS CARACTERISTIQUES - INTERIEUR


L’escalier tournant et sa fine rampe en fer forgé

Il dessert les chambres dont celles arborant des poutres non polychromes en forme d’étoile. Les marches d’origine sont des tomettes rouges avec contremarche en bois ; on relève des usures et manques laissés en l’état. Un décrochement est observé entre le début de la rampe et le gland présumé qu’elle porte, trahissant ainsi le fait que celui-ci est rapporté et non d’origine. Le gland rapporté ne semble pas fait main mais moulé.

Les deux petites portes peintes

L’un mène à l’ancienne cuisine, tandis que l’autre est postée dans un couloir au rez de chaussée.

1-La première porte a été agrandie pour correspondre au format de l’embrasure et n’est pas d’un seul tenant. Le mode d’assemblage des panneaux révèle qu’ils étaient vraisemblablement à l’origine des panneaux muraux ; pour être assemblés les panneaux devaient être soit fins d’épaisseur ou ont été rabotés.

On note une nette différence de facture entre le décor - bien qu’il soit identique des deux cotés - du coté bar avec le coté ancienne cuisine : le décor réalisé au pinceau fin reprend six fois sur chaque coté dans des cartouches, une composition de fleurs, feuillages et rinceaux dans un cadre dessiné au pinceau aux tons rouge, or et noir.

Il n’y a pas de trace de dessin préalable ou de calibrage des motifs décelable. Les panneaux coté ancienne cuisine montrent une couche picturale à l’aspect écrasé et plat avec des craquelures dans le sens du bois à la verticale mais d’autres brouillées à la lecture, ce qui est fréquent lorsque la couche picturale subit des tensions dues à des chocs par exemple.

Les panneaux coté bar montrent une facture enlevée, plus en relief obtenu par des superpositions fines de couleur et retours du pinceau (légers empâtements) ainsi que des rehauts de jaune finement appliqués. La tête de cerf présente sur le panneau supérieur est rapidement brossée. Elle est absente coté ancienne cuisine. A l’évidence les panneaux des deux cotés ont étés rassemblés bien qu’ils ne provenaient pas du même emplacement en dépit de leur décor identique.

Quelques fentes mineures non traitées sont observables.

2-La seconde porte se situe dans le couloir au rez de chaussée. Elle est faite de trois panneaux en hauteur et de deux traverses à la base et au sommet. Les panneaux s’emboitent (rainure intérieure) et la taille des motifs clairement lisible à hauteur de vue laissent supposer qu’il s’agissait bien d’une porte d’origine qu’elle soit à son emplacement d’origine ou pas. On lit la trace évidente de six clous carrés. Le vert fait son entrée dans la palette de couleurs.

L’écusson peint partiellement dégagé du mur

Celui-ci est décentré sur le mur qu’il occupe. Aussi, nous supposons que l’écusson de par ses dimensions conséquentes se devait d’être accompagné d’un décor ou bien de l’annoncer, et que le mur d’origine avait une hauteur plus importante. Un écusson se suffit à lui-même en dessus de porte mais plus difficilement sur un mur isolé de tout décor avoisinant dans une pièce.

Le parquet « Versailles » un exemple isolé dans le château

Le chêne clair à patine miel, est disposé en lattes emprisonnées dans des carrés bien marqués qui scandent le parquet comme une partition musicale ; des petits nœuds sont parfois décelables mais restent discrets. Les latte sont maintenues par des chevilles bois faites main de par leur forme irrégulière.

Les poutres non polychromes et leurs chevilles bois

On note dans les chambres qui arborent des poutres - en chêne massif - enchevêtrées que les chevilles bois sont soit en pique soit circulaire et de manière constante apparentes, constituant ainsi un ornement d’origine dont la présence a été respectée.

Les motifs des enchevêtrements des poutres reprennent des triangles parfois inversés et qui se répondent, encerclés par des diagonales aux trajectoires aigues ; Le jeu des lignes est spectaculaire et traité comme tel. Elles ont fait l’objet d’un traitement doux, consistant à appliquer de l’huile de lin siccative afin de les stabiliser et de préserver l’aspect fibreux du bois ainsi que sa patine naturelle, en évitant l’aspect figé que confère-le trop vernis.

Cf. L’enchevêtrement caractéristique de poutres en chêne dans la grange de Saulx : les chevilles bois sont modernes et on lit l’écusson à tête de cerf entouré d’épis de blé et de grappes de raisins sur l’étendard disposé à l’intérieur qui rappelle que la grange faisait partie du château à l’origine.

La pièce témoin avant restauration

Adjacente à la salle Pierre de Nivelle, elle a été volontairement laissée en l’état afin de servir de repère au visiteur, illustrant ainsi une démarche muséale moderne alors qu’elle date de 1987.

Elle permet de porter une appréciation sur l’ornementation d’origine non restaurée mais également de se prononcer sans ambigüité sur l’état de dégradation des murs en 1987. Cette démarche est l’illustration des principes énoncés par le théoricien et historien de l’Art, Cesaré Brandi plébiscité par les musées Français et européens, consistant à privilégier le passage du temps et les dégradations qui en résultent pour une lisibilité plus authentique des œuvres d’art.

Dans notre cas, fissures, trous, et arrachements divers, permettent la lecture des lattes qui servaient d’appui à l’apposition des couches de chaux. Les lattes étaient posées sur des briques qui servaient de support, au décor. Le décor présente des fleurs de lys qui font suite à celles constatées dans l’ancien cabinet.

La pièce témoin - intervention partielle

1-Sur une poutre maitresse on retrouve un motif central et une frise (répertoire végétal stylisé). Les fissures sont larges et apparentes. Le trait joue avec l’ombre et la lumière et confère ainsi une impression visuelle de traitement en relief.

2- Sur les murs une frise de têtes de cerfs se répète s’inspirant du motif majeur. Le trait est précis et large et n’égale pas l’élégance des ornements délicats des solives. Le trait est soigné mais trahit un manque de spontanéité, il révèle à l’évidence une reconstitution, néanmoins fidèle.


II- REPERTOIRE ORNEMENTAL

LES ORNEMENTS STYLISTIQUES

Cerf : tête seule ou animal entier
Fleur de lys
Médaillon
Rinceau
Large feuille stylisée
Feuille de chêne
Frise

LES TRAITEMENTS CONSTATES

Ciselure
Saillie
Relief
Ronde bosse
Trompe l’œil
Grisaille
Peinture murale /décor peint
Peinture vernissée sur terre cuite
LES ARMOIRIES

Ecusson
Initiale accolée
Initiale entrelacée
Une inscription

LES SYMBOLES STYLISES ET/OU ROYAUX

Tête de cerf surmonté d’une étoile
Sceptre royal
Bâton de lys

LA SCULPTURE

Les vases monumentaux
Les glands monumentaux

COMMENTAIRE DESCRIPTIF DES PARTIES CLASSEES MONUMENTS HISTORIQUES

L’ancienne cuisine

Elle tranche avec la cuisine des moines du Clos Vougeot par ses dimensions et la prestance de ses éléments d’origine conservés : hauteur de voute, cheminée de pierre monumentale à large foyer, évier en pierre lisse, murs de pierre aux morceaux assemblés non polis, et le pilier central.
La voute à ogives saillantes est réunies par quatre clés de voutes en l’état, traitées en relief et ciselées. Les motifs relevés sont la croix stylisée ou étoile à six branches qui apparait à deux reprises, ainsi qu’un motif de cercles quadrilobés dont la signification demeure mystérieuse. Il parait improbable qu’un motif dénué de sens ait paru opportun : les clés de voute étaient prétexte à ornementation et arboraient des formes et proportions diverses.

NOTE: Une des clés de voute de l’abbaye de Fontenay comporte quatre cercles entrelacés.

La cheminée est coiffée d’une corniche placée environ à 2m40 de hauteur sur plus de 6 mètres de largeur (dimensions exceptionnelles) et comporte des restaurations mineures d’usure normale comme les joints de corniche. Le foyer à été rehaussé de 40 cm avec des carreaux de terre cuite d’origine, vernissée et polychrome ; le motif de tête de cerf en vue frontale surmonté d’une étoile dans les tons de jaune sur ocre apparait en frise alternée. Les bois du cerf sont abondants et entourent sa tête stylisée.

Ces carreaux ne sont pas uniques au foyer car on les retrouve de manière parcellaire dans les sols du château. Leur emplacement n’est pas toujours d’origine, toutefois on peut envisager l’hypothèse qu’ils recouvraient certains sols comme la salle de Pierre de Nivelle par exemple ou bien l’ancien cabinet, pièces importantes par leur symbolique et le décor déployé. On relève que les carreaux étaient à l’origine posés en relief, à hauteur inégale ce qui n’est pas perceptible à l’œil nu mais au toucher.

Le pilier à base octogonale, arbore trois morceaux de pierre non polie et non travaillée.

Des manques et usures sont constatés.

La salle Pierre de Nivelle

Cette salle de haute facture possède trois particularités majeures :

1- Le plafond à poutres et solives polychrome dont la couche picturale est posée sans apprêt préalable comme toutes les poutres polychromes du château.

Cinq poutres maitresses à l’horizontale avec des solives à dimensions plus réduites mais égales ; une des poutres maitresses arbore le fameux écusson comprenant la tete de cerf, la fleur de lys et un petit écusson avec crosse et mitre dans un cadre chantourné. Les poutres maitresses ont trois faces décorées avec un motif central et deux latéraux. La farandole de tons est éclatante et rassemble tour à tour le rouge, le bleu, le noir, le jaune, le vert, le brun et l’ocre. Le résultat est d’autant plus frappant que les veines du bois sont apparentes, et que la polychromie se passe de vernis final. Les poutres sont mates et leur traitement est exécuté à plat sans jeu de relief, sans superposition apparente de couches de couleurs. La couleur appliquée parfois rehaussée, donne le ton et surtout la forme. Vient s’ajouter un calibrage précis des motifs qui encense l’impression de richesse des tons.

Les solives scandent sans relâche le même motif d’entrelacs stylisés qui présente quelque similarité avec les petites portes peintes vues précédemment. Elles se contentent d’un répertoire de couleurs plus restreint : jaune sur fonds noir, rehaussé aux bords extérieurs des cartouches par un ocre délicat. Les fissures sont laissées apparentes une fois de plus et deviennent de fait un ornement supplémentaire. Les ornements végétaux des poutres maitresses sont foisonnants et certaines des feuilles se courbent sur elles mêmes face et dos visibles, ton clair sur ton foncé.

2- L’écusson monumental peint et flanqué en dessus de porte qui unit les armoiries de l’abbaye de Citeaux à celle de l’abbé Jean Petit. Cf. brochure illustrée pour l’historique. La présence du cerf vu de profil courant est plus habituelle dans les armoiries que la tete de cerf. Or, il est représenté sur l’écusson monumental, assis sur ses pattes.

3- L’apparition de motifs architecturaux : dessus de porte avec médaillon, embrasure et corniche peints en trompe l’œil. Le médaillon présente un paysage non identifié (château ?) dont la patine a été conservée en l’état. Les petits arrachements de matière picturale permettent de valider l’absence d’apprêt sur la pierre dont le grain est apparent et la surface non homogène (des différences de niveau sont perceptibles). Les griffures et arrachements de la partie supérieure au médaillon écornent la lecture du motif d’entrelacs qui s’avère être d’une grande finesse de touche et dont les tons non à l’évidence pas été rafraichis.

Le cabinet de travail

L’affectation d’origine de cette pièce rectangulaire mais étroite et haute de plafond demeure hypothétique ainsi que la répartition effective de l’espace et son optimisation ornementale.

En effet, dans l’ensemble de la pièce, de nombreux manques sont visibles ainsi que des fissures dans la matière picturale qui a visiblement souffert et a perdu son éclat d’origine. Des manques et salissures incrustées dans la couche picturale sont visibles.

Une constante désormais familière dans le château : l’abondance de solives peintes calibrées et disposées proches les unes des autres-appelée communément plafonds à la Française- Cf. les solives polychromes rouges noires et jaunes du plafond du pavillon à la Tourelle dans le village de Gilly les Citeaux. Celles du cabinet de travail affichent un décor omniprésent avec les solives du milieu qui reprennent en chœur la tête de cerf étoilée.

Deux paysages sont animés de personnages en action et qui conversent entre eux soit traversant un pont soit en chemin vers une bâtisse guère identifiable avec certitude dans les deux cas. D’emblée nous constatons que les deux paysages diffèrent en format ; or la bordure insistante qui abrite les initiales et symboles royaux (sceptre royal et bâton de lys enrubannés) ne varie pas ou peu en dimensions. Le soin apporté à la bordure en frise est important : les initiales sont délimitées au pinceau noir puis remplies de couleur or. Certaines initiales se targuent d’une fine couronne de laurier verte…

La lecture du décor nous parait incomplète du aux espaces vides des murs coté salle Pierre de Nivelle- badigeonnés de couleur neutre - qui suggèrent que le décor d’origine a disparu. En effet, les paysages existants se font face et les bas reliefs de motifs ornementaux traités soit en rouge soit en noir comme un damier ne manque pas à l’appel. Aucun motif n’est isolé ; il est systématiquement répété. Certes, les paysages ne constituent pas un motif mais un décor ; que représentait dans ce cas le décor manquant ? Une grisaille ? Un paysage ?

Deux personnages féminins traités en grisaille, à plat et vus de profil se répondent de part et d’autre sous un des paysages. Leurs proportions sont monumentales (elles sont en pied) et leur attitude figée tranche avec les petits personnages rapidement brossés des paysages. Le peu de relief des grisailles est inattendu, malgré les plis du drapé qui les recouvre. La différence de facture entre les plis du drapé et le traitement des mains qui ne correspondent pas aux visages plus finement travaillés trahit des restaurations voir des reconstitutions.

Bras et main droite de la grisaille de gauche sont manifestement reconstitués. On note également la différence de facture entre les deux visages.

NOTE: La grisaille dans ce cas précis utilise les nuances d’un même ton pour imiter la pierre. Elle permet de suggérer le relief en jouant sur les nuances, et mettre l’accent sur une expression en particulier. L’hypothèse retenue est que la symbolique des personnages prévaut sur leur traitement pictural.

Le cabinet de travail est truffé de symboles au plafond, sur la bordure en frise et manifestement dans l’attitude des personnages féminins véhicule un message; il est hasardeux d’y voir une expression manifestée par les femmes qui se font face et dont le message se réponde bien qu’il nous paraisse singulier.

Sont-elles le miroir l’une de l’autre ?

L’un des personnages féminins porte ostensiblement une colonne corinthienne tandis que l’autre pointe vers le paysage - ou ce qui parait plus plausible- vers les initiales « LA » traitées en bordure. La lettre L domine par sa taille -hauteur et largeur- la lettre A qui dépend ainsi de la lettre L placée en position dominante et qui accueille la lettre A. Les deux reposent délicatement sur deux feuillages déployés.

Un motif de tête de chérubin ailée se retrouve sur certaines faces des solives mais également sur la frise la plus haute de la pièce, en motif central or sur fonds bleu. Il présente des similitudes avec la tête de chérubin ailée de la partie inférieure du cartouche monumental placé en dessus de porte dans la cour intérieure.

Nous retrouvons pour la première fois un motif ornemental à l’intérieur et à l’extérieur, sans toutefois en saisir la signifiance précise.

Simplicité et complexité d’exécution sont réunies. Au terme de cette lecture du répertoire ornemental fruit de plusieurs siècles de modifications, nous retenons sa complexité d’interprétation imputable aux éléments manquants tangibles relevés, mais également à ceux qui seront découverts lors de futures interventions de conservation et de restauration.

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