Château d'Isembourg


Rapport d'appréciation - Evaluation du répertoire ornemental

Esclimont

Le château hétéroclite d’aspect extérieur, présente à l’intérieur des décors peints étonnants par la variété et la dichotomie des thèmes abordés ; la cohabitation de plusieurs factures dans un même décor est perceptible et pose l’interrogation de l’intervention d’une ou plusieurs mains.

L’examen à la loupe permet en effet de déceler des glissements de facture et des disparités de facture qui ne sont pas involontaires mais exécutés à dessein.

Dans certains cas, au sein d’un même décor les glissements de facture sont les bienvenus car ils apportent une qualité d’exécution appréciable.

LA FACADE

LES PLAFONDS


LA FACADE

Le fronton de pierre des fenêtres

Il conjugue l’alliance d’un traitement triple :
Le creux, le relief, et le relief proche de la ronde bosse ; sur les cotés s’animent avec élégance des rinceaux de fleurs en creux manifeste, et retours de rinceaux en relief prononcé. Le cartouche central très chantourné arbore un ventre bombé cerclé qui est dénué d’inscription ou d’armoires que l’espace permettait d’insérer.

Les cotés du cartouche sont remarquables par leur enroulement traités en ronde bosse, d’où jaillissent avec fluidité, les rinceaux de part et d’autre (ils annoncent les rinceaux de l’intérieur très présents dans le décor des plafonds).

Les creux répondent au relief et à la ronde bosse, à l’unisson .

La pierre délaisse sa rigidité de matière pour se prêter au jeu d’une ornementation délicate : lignes sinueuses et amples changent de traitement en cours de route pour s’afficher en relief. Ces traitements se retrouvent sur les frises précédant les frontons de fenêtres du Tribunal de Rouffac.

Fronton et embrasure de fenêtre en bois

Le fronton triangulaire et les flancs de l’embrasure exposent le bois. Sa matière poreuse ne s’y prête guère, malgré les colombages typiques constatés à Rouffac qui animent certains murs.

Les flancs finissent en larges enroulement à leur base, également constatés sur les embrasures de fenêtres qui font dans la région l’objet d’une attention particulière à Rouffac.

Usure et manques sont constatés.

Ecusson d’origine déplacé

Son emplacement n’est pas d’origine ainsi que la bordure qui le souligne.
Le cartouche est déchiqueté par les manques de son contour.
Le relief d’origine accuse une certaine usure, et est orné avec profusion.
Sont compartimentés dans des sections distinctes, des animaux et des symboles. Cohabitent ainsi des motifs comme l’aigle allemand, une tour, trois petits lions, deux poissons- ou forme aquatique s’y rapportant- cinq petits aigles ; Les autres motifs ont été grattés et donc illisibles.

Paire de cartouches reconstitués

De taille monumentale, deux cartouches chantournés, sont scellés sur la façade principale avec comme décor notable un rang de godrons en relief. Le traitement de l’ensemble est net. L’absence de symboles sur le ventre bombé qui n’a pas souffert du passage du temps, laisse supposer un travail qui n’est pas d’origine.

LES PLAFONDS

Dès le 18ème les plafonds se consacrent en motif central à la rosace et au contour de guirlande de fleurs. Cinq plafonds du château, reflètent le goût du 19ième pour les décors qui reprenaient certains thèmes ou des ornements propres au 18ième en les revisitant.


On retrouve ainsi des ornements récurrents :

•   Le ruban large noué simple ou double, enroulé ou tressé

•   Le ruban qui flotte

•   L’or brillant ou mat

•   Les vases gorgés de fruits ou fleurs

•   Les guirlandes de fleurs ou de fruits qui se lisent à plat ou disposés en couronne

•   La présence d’un motif central proche du trompe l’œil, illustrant une ouverture sur le ciel, ou bien une fausse rosace

•   Les rinceaux et enroulements

- Plafond aux têtes de femmes stylisées
- Plafond à la guirlande en rosace
- Plafond à rinceaux et entrelacs
- Plafond aux médaillons
- Plafond avec putti dans les nuages.

Plafond aux têtes de femmes stylisées

Les moulures travaillées se targuent d’une telle emphase, que l’on discerne un plafond à caissons alors qu’il n’en est rien. Les moulures et les compartiments qui en résultent, sont sans lien de parenté avec des caissons classiques.

Chaque moulure apporte soit une tonalité chromatique supplémentaire soit un décor, en plus de sa forme droite, à tête triangulaire.

Leur polychromie sur bois les rend incontournables au regard.

Les moulures principales bombées ou en creux, vont dicter l’espace alloué au motif central (forme octogonale) autour duquel d’autres moulures secondaires vont abriter des décors similaires à première vue mais qui comportent des variantes - notamment dans les têtes représentées- elles sont ponctuées par des petites moulures en forme de triangle sans décor particulier hormis des traits qui confortent leur forme.

Enfin des panneaux rectangulaires légèrement en relief, abritent un décor à frise et cabochons.

Motif central

La forme octogonale est reprise par des moulures bois. Décor de verrière comportant trois cercles dans un octogone intérieur d’où partent des rayons dorés. Le plus petit cercle comporte des motifs stylisés ; les autres cercles laissent paraitre un ciel bleu parsemé de nuage subtilement teintés.

Le décor rappelle les verrières du siècle dernier. L’illusion est soulignée par les clous peints sur chaque jointure de rayon.

Les Vases

Quatre vases stylisés, sont gorgés de fruits et de feuilles.

Leur composition soignée et réaliste, fait référence aux natures mortes qui ont abondamment inspirés les siècles précédents et qui composaient des sujets en propre; les vases sont accompagnés d’entrelacs de végétaux amples et abondants et entourent la forme octogonale centrale.

Chaque vase - d’où s’échappent des rubans- contient des fruits différents, et introduit une rythmique dans la lecture ; celle –ci est rehaussée par la palette vive des fruits qui se détache sur les entrelacs recourbés.

L’accent est mis sur les fruits, les vases s’avérant tracés sommairement, dénués de caractéristiques qui permettraient de les identifier, hormis les rinceaux élégants qui les rejoignent à leur base. Les fruits donnent l’impression d’avoir été apposés sur des vases, lesquels tiennent un rôle manifestement secondaire. Des rubans au ton rose pale s’agitent et apportent une touche féminine au décor.

Un léger rinceau bleu, se glisse dans la composition ; gracile, il apporte une forme de désinvolture dont les vases sont dépourvus.

Les grains de raisin blanc rappellent les vignes hautes alsaciennes dont ils sont issus. Certains enroulements introduisent des fleurs ouvertes, lovées dans un cercle décliné de part et d’autre d’un rinceau.

Les tons alternent l’orangé, le rose et le vert pale ainsi que le bleu, lequel est minoritaire dans la palette. Les fruits sont murs : certains sont ouverts, ou bien béants, d’autres pas.
Le décor est peint au pinceau léger et fin et des rehauts de blancs sont appliqués sur les fruits pour capter la lumière. Le dessin préparatoire n’est pas perceptible, toutefois les contours sont annoncés par un trait plus sombre qui guide et renforce la couleur qui vient s’y loger.
Le relief est conféré par le mouvement incessant et évolutif des rinceaux de feuillage qui changent de couleur suivant la tonalité décrite précédemment, alternant le clair au sombre. L’enroulement est caractéristique et apporte de la légèreté contrebalançant ainsi la sévérité des moulures sombres et omniprésentes qui régimentent l’espace.

Les têtes à coiffes

Le cartouche qui les divise est lui-même inséré dans un rectangle à têtes de triangle. Le cartouche tel un lac, est vide et se satisfait du bleu qui l’habite.

Les têtes rythment en duo, face à face, le cartouche central bleu dont les formes chantournées ne sont pas redevables au 18ième siècle. Les coiffes et le petit voile évoluent ainsi que les visages. Le décor suit le fil du bois qui ne semble pas être une essence rare. Le décor peint au pinceau est calibré au préalable au crayon qui forme des petits points noirs de repère.

Deux des visages arborent des traits mi-homme mi-femme. Le sourire énigmatique esquissé par ces deux visages est lourd et a peut être un lien avec la légende des sorcières de Rouffac ; En contraste avec le regard fixe et le visage sans expression particulière des autres têtes de femme. L’ovale des visages est dessiné d’un trait appuyé et ferme qui boude la douceur (pas d’ombre portée) d’un visage féminin. Les carnations n’ont pas la suavité de certaines peaux en dépit des tons appelant le rose à la rescousse.

Le traitement est volontairement plat, sans effet de relief, et dénué de trace d’empâtements de couleurs ou de retours de pinceau.

Certaines subtilités de touche sont notées sur les lèvres (rehauts de lumière) entre le nez et la bouche ourlée. Les lèvres sont rose tendre accentuées légèrement par du brun - comme les yeux et les sourcils- sans ombre portée, simplement par un trait de pinceau. Les visages ne sont pas réalistes et sans relief.

Deux hypothèses sont avancées :


1. Sans doute font-ils référence à des modèles de coiffes hautes ourlées à rubans qui découvraient les cheveux et les visages (les rubans sont perceptibles de chaque coté). Les coiffes alsaciennes ont pléthore de motifs et l’identification est ardue car certains voiles sont stylisés ainsi que leurs coiffes dont la broderie n’est pas discernable dans le décor. Dans notre cas, la coiffe est manifestement un ornement et il pourrait s’agir d’un travail alsacien fin 19ième, début 20ième, voir plus tardif.
Les nature mortes que constituent les fruits (des vases) trahissent une exécution habile que viennent démentir les têtes de femme.

2. Soit, il s’agit d’un ornement architectural inspiré de Rouffac qui reprent le thème de la coquille ourlée dans un décor peint sur la façade d’une maison particulière à datation récente.


Plafond à la guirlande en rosace

NOTE :

1) La chambre des époux de Mantegna vers 1484– palais ducal à Mantoue : Au centre du plafond, un oculo di cielo, entouré d'une guirlande de feuillages et de rubans, simule une balustrade sur laquelle s'appuient des personnages qui regardent ce qui se passe dans la pièce.

2) Un genre pictural très répandu présenta également tressées en guirlande fruits et fleurs autour d’un médaillon central dans les Ecoles de peinture du Nord.

Motif central

Richesse et abondance caractérisent le décor du plafond, de belle facture.

Contrastes francs et contrastes gradués caractérisent le motif central. Dans un cercle une guirlande de fruits avec son feuillage est enrubannée.

Un ornement végétal stylisé entoure la guirlande en motifs répétés, semblable à une frise circulaire non délimitée mais parfaitement calibrée au crayon puis au pinceau. Le contraste est prononcé entre la guirlande épaisse et l’ornement végétal fin et souple qui l’encercle.

Les tons de la guirlande sont vifs ; ceux de l’ornement décliné en frise sont volontairement doux et s’effacent devant l’éclatante proéminence de la guirlande. La guirlande est resserrée dans un espace plus restreint que l’ornement végétal qui s’épanouit en hauteur et en largeur prenant ainsi avantage sur le fonds neutre jaune inoccupé.

L’association des deux - guirlande entourée d’une frise ornementale- renforce la richesse visuelle des fruits et du feuillage. Nous retrouvons cette association dans le décor du plafond aux médaillons, et qui milite en faveur de l’intervention d’une main semblable qui aurait pu déléguer dans certains cas, certains ornements du décor.

La présence de la guirlande est encensée par le fonds or qui accuse ses formes généreuses et pleines.

Le regard se porte ainsi en premier sur la guirlande centrale puis sur la fausse rosace intérieure traitée en ombre et lumière, avant de s’attarder sur les huit guirlandes postées dans des cartouches sur les cotés.

Les huit guirlandes alternent poires, pommes et raisins murs avec le blé à gros épis. La matière picturale est très fine et homogène aussi en lumière rasante, il est possible de voir le très léger relief ; le fond neutre jaune inoccupé est la sous couche qui reçoit les motifs apposés : certains empâtements sont perceptibles – des griffures de couleur jaune sont en relief sur les fruits mettant l’accent sur certains endroits- auxquels viennent s’ajouter des rehauts clairs. En effet, les rehauts diffèrent en forme, soit ils sont en touches circulaires, soit en forme de griffures. Certains retours de pinceau viennent compléter le relief.

Les couches sont fines et appliquées avec soin dans le motif central. Toutefois de larges aplats de couleur sont relevés sur le croisement du ruban et suppose l’utilisation d’un pinceau plus large. Ainsi les tons gradués de vert (parfois proches du bleu) se distinguent avec aisance sur le croisement du ruban. Le jeu des tons rouges et verts des fruits porte la marque d’une facture moderne qui privilégie la couleur au trait. On relève également la couleur or qui se divise en deux nuances : l’une brillante, l’autre mate. Un ton foncé volontairement « sali » afin d’atténuer son éclat d’origine et conférer ainsi un relief ombré.

Un ton clair qui resplendit par contraste indiquant le primat de la couleur sur le trait - les grains de raisins ont des contours bleutés qui soulignent leur rondeur prometteuse- La couleur prend de la hauteur en dépit du calibrage initial, visiblement effectué à la main comme l’indique le contour très légèrement irrégulier de la rosace.

La rosace au centre de la guirlande, est calibrée et d’une palette plus sombre ajoutant un niveau de contraste supplémentaire. Son traitement au pinceau large dénonce d’épais rehauts jaune clair tirant sur le crème, perceptible également sur le ruban cette fois souligné de ton or.

NOTE : Le rehaut a pour rôle de faire ressortir un détail en se servant d’une couleur que l’on superpose à une autre. L’application d’un ton plus clair va accrocher la lumière.

La touche libre et large du pinceau de la rosace contraste également avec la finesse d’application des courbes et contre courbes dessinées par l’ornement végétal stylisé mentionné précédemment. Aucune trace d’usure de la couche picturale n’a été relevée.

Les guirlandes des cotés

La touche se libère davantage, les rehauts plus accusés, débordent car ils ont été rapidement apposés. Le calibrage fait de petits trous noirs est visible à la loupe ; il rejoint celui constaté du plafond aux têtes de femmes, militant en faveur d’une même main qui aurait exécuté les deux plafonds.

Le fil du bois est apparent, et aucune sous couche n’est visible à la loupe.

Quelques fissures et fractures sont relevées.

Plafond à rinceaux et entrelacs

Le décor offre une douceur ou la lecture est harmonieuse sans rupture ni glissements de style. Elle se poursuit fluide, et avec aisance, une fois parcouru le fonds neutre satiné et que le regard se pose sur les motifs latéraux.

Un calibrage précis est clairement exprimé dans la rigueur de l’espace occupé et les dimensions des rinceaux et entrelacs du motif central et des rinceaux latéraux.

Les motifs sont déclinés en duo, fidèles à des proportions identiques et des tonalités chromatiques très proches, si délicate dans la déclinaison des nuances, que le rendu rejoint celui de la grisaille. Les motifs sont apposés sur un fonds neutre qui a souffert par endroits de l’humidité, sans toutefois envahir les motifs qui sont épargnés.

La lecture est fine et subtile de part le voisinage des tons clairs.

Les enroulements sont amples avec des contours au pinceau fin de ton plus foncé qui confère du relief ; le thème des rinceaux d’où jaillissent des flots d’ornements végétaux, (sorte de tulipe ouverte) rejoint la thématique des frontons des fenêtres à l’extérieur, également perceptible dans une symétrie qui ne se dément pas.

Plafond aux médaillons

Ce plafond est composé d’un motif central qui affiche des velléités de style néoclassique revisité, avec un cartouche ovale au centre traité en grisaille, lequel tranche avec les médaillons polychromes disposés aux encoignures dont la facture stylistique est en rupture avec le motif central.

La même main a-t-elle composé le motif central ainsi que les médaillons ? La dichotomie de facture est relevée et suggère l’intervention de deux mains.

Motif central

Une rosace ouverte aux larges feuilles se tient péniblement dans un médaillon oval ; deux feuilles s’étirent sans retenue et semblent s’échapper de l’oval contraignant. Quatre feuilles sur les six au total, ont renoncées à s’ouvrir et sont recroquevillées sur elles mêmes toutes en rondeur.

Le thème est traité en grisaille (tons de gris et rehauts de blanc) qui ressort sur le fonds or. Le traitement ombré de l’or donne l’illusion que le médaillon est une niche avec une rosace en relief.

La rosace au médaillon est entourée de rinceaux réalisés au pinceau comme le reste du motif central. Les rinceaux se terminent en apothéose avec quatre vases de bouquets de fleurs. Chaque vase à fleurs zébré de bleu, répond aux entrelacs zébrés de blanc.

Les vases présentent des tonalités distinctes rehaussées par de légers empâtements de matière sur les fleurs. Le contraste est prononcé entre la rosace au médaillon et les rinceaux aux vases. Le traitement contrasté faisant ainsi écho aux autres motifs centraux des plafonds. L’ombre porté sur chaque vase est délicate.

Le décor est réalisé au pinceau sur un fonds crème, avec en superposition de très fines couches de couleur. Les rinceaux sont pales malgré leur finesse de touche, aussi les vases ont la part belle dans l’ensemble. Réapparait discrètement un rinceau léger qui tourne le dos à la déclinaison de tons gris. La palette déclare des gris, de vert, de rose, de jaune et de bleu. Ombre et lumière sont alternés avec des rehauts.

Enfin, les anses des vases traités à la grecque (cette forme apparait plutôt vers la fin du 18ième) finement exécutés en couleur or vient animer les entrelacs gris.

Les médaillons aux encoignures

Postés aux encoignures, ils rappellent les portraits en miniature (bien que le format ne s’y prête pas) par la précision dont ils font l’objet. Les couronnes de feuillages font à nouveau leur apparition ainsi que les rubans tressés rose pale.

Les visages sont vus de profil ou légèrement de biais, ou de face comme celui de la jeune fille aux cheveux blonds. Les vêtements sont typés et les têtes ornées de fleurs ou de fruits. La palette est si vive, les traits des visages si caractéristiques par leur vivacité de rendu, que l’on peine à envisager l’hypothèse d’une même main qui aurait réalisé les têtes à coquille figées du premier plafond et les portraits de ce plafond. Un des médaillons porte une signature : « M-BEUL » ainsi que la date de 18-81. Son traitement s’éloigne des habituels portraits du 18ième qui enjolivaient et anoblissaient les traits. Le visage est soigneusement fardé avec un rendu plus tardif.

Sur les cotés, des motifs allégoriques de musique (tambourin, pipeau, viole et l’inévitable ruban flottant) agrémentés d’une guirlande de roses ou de pivoines sont représentés sans autre accompagnement que les filets d’or qui finissent de délimiter les espaces spacieux qui leur sont accordés.

Plafond avec putti dans les nuages

Un des thèmes de prédilection de François Boucher très prisé au milieu du 18ième siècle. Sa palette, composée de roses et de bleus pastels était lumineuse et notre décor s’inspire à l’évidence des scènes charmantes de putti – chérubins joufflus ailés- jouant avec des oiseaux ou des rubans flottants.

Motif central

Boucher associait les putti aux rubans flottants à des scènes mythologiques ou bien traitait les putti en scène principale mais ils ne flottent pas dans les airs. Ils n’occupent pas dans les tableaux de Boucher une place centrale sur un plafond. Ils agrémentent plutôt une composition ou bien sont rattachés à une tache précise aussi insouciante soit elle, sans y faire participer le spectateur qui les contemple de face et non sur un plafond.

Le plafond du château introduit trois putti dans les nuages sous un ciel clair qui n’ont pas de tache précise hormis celle de tournoyer avec un ruban ; leurs contorsions sont traduites par des effets de rubans et de draperie, auquel il ne semble pas y avoir de terme. Leur intérêt se porte sur le ruban bleu qui s’enroule sur lui-même et se déroule constituant ainsi l’ornement central ; Il est complété par la branche de fleurs que tient l’un des putti. Leur insouciance est renforcée par les petits oiseaux qui volent dans un ciel bleu, lequel est délimité par une rampe architecturale. La rampe sert de prétexte à glisser le thème des vases à fleurs.

Le rendu du ruban bleu est fort (lumière et ombre sont conjugués) : le contour est parfois appuyé par un ton or, au trait à peine discernable. La palette du ruban s’harmonise avec les ailes délicates des putti aux accents bleutés appliqués en touches, complétés par des roses et du blanc franc. Le trait est absent et la couleur détermine les formes allant jusqu’à produire un rendu plus fondu (ton bleu des ailes). Les chairs du trio de putti espiègle, marient les roses lumineux aux roses ombrés.

Le trait fait son entrée bien que discrètement, dans les contours des pieds potelés, et des bras. Les doigts des mains étant brièvement esquissés. Certaines parties des corps sont accentuées (intérieur des mains, avant bras, bas ventre, fessiers, joues des visages) par un ton qui oscille entre le rose soutenu et le bistre. Les putti sont joufflus et leurs chairs sont potelés à souhait, ce que Boucher traduisait dans ses compositions. Les visages aux cheveux bouclés ou agités par le vent affichent une expression teintée de romantisme que n’ont pas les putti rieurs de Boucher.

La palette s’inspire de Boucher (il accentuait certains contours) mais le traitement des carnations diffère. L’aspect quasi tactile du laiteux voir nacré des chairs, est faible.

Toutefois, le traitement du drapé du putti qui tient le ruban est remarquable par sa palette à deux tons : l’orangé et le bleu apporte une dynamique dans la lecture. Le drapé évite la monotonie par la force des tons et l’espace occupé. Le nœud du ruban traité en contraste se tient éloigné de la mièvrerie.

Quelques fissures mineures sont constatées.

L’architecture et les vases

Le traitement de la rampe architecturale freine le primat de la couleur sur le trait. Le trait calibre précisément la forme architecturale bien qu’elle ne soit pas prolifique en détails. Le trait dépasse parfois la rampe circulaire pour se retrouver seul sur le ciel bleu et l’on constate que les débordements tempérés des feuillages sont peints en superposition (Le trait est lisible en sous couche des feuilles). Quelques morceaux de branche aux feuilles séchées sont habilement disposés sur le corps de la rampe renforçant l’illusion que les vases contiennent de vraies fleurs (dont roses, et marguerites) et feuillage. Les vases vus en contre bas (trompe l’œil) - le haut du vase n’est pas discernable, envahi de fleurs- imitent le métal par leur aspect et teinte conférés.

Couronnes aux encoignures

Les encoignures révèlent une belle facture.

Le fonds or est devenu un acquis désormais. Son éclat est de mise avec le motif central et permet d’insérer la couronne de fleurs et son indispensable ruban à double nœud accroché à une patère.

La couronne a délaissé les fruits pour se parer de roses (ou pivoines ?) dont on discerne les feuilles. Le tout est touffu et abondant. Le ruban est large, long et d’aspect soyeux; il tresse la couronne et va voluptueusement - de chaque coté de la couronne- dessiner des circonvolutions dans l’espace imparti généreux de l’encoignure. Le mouvement est affecté comme il l’était dans le plafond à la guirlande en rosace.

Il est partiellement rejoint par un fin feuillage, lui aussi en courbes et contre courbes.

La tonalité générale du ruban agité, est un rose tirant sur le mauve avec des aplats en rehauts du même ton plus sombre. Ce traitement confère l’aspect soyeux- taffetas ?- constaté précédemment.

Le trait est avalé par la couleur du ruban, ce qui n’est pas le cas des fleurs de la couronne ou le trait tracé délimite fleur après fleur, n’hésitant pas à jouer sur les pétales qui obéissent à un sens ou un autre, comme chatouillées par un vent invisible. L’ensemble est riche et contraste avec la palette du ciel bleu.

Deux frises stylisées - rose pale et gris perle - viennent compléter l’ornementation.

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